Le contexte
Fin juillet 2026, en explorant les projets audio de l’écosystème Outlier, je tombe sur un « Research Participation and Data Collection Agreement » de Scale AI à signer avant de participer. Un contrat de collecte de données voix, image et « likeness ». Le taux était correct. J’ai fait un truc apparemment rare : je l’ai lu en entier.
Et j’ai refusé de signer. Pas par principe, à cause de cinq clauses précises.
Les cinq clauses qui m’ont fait dire non
1. La cession totale et perpétuelle
Le contrat transfère à Scale la propriété des données collectées, et pour tout ce qui resterait, accorde une licence « perpétuelle, mondiale, transférable, sous-licenciable, gratuite et irrévocable ». Traduction : votre voix ne vous appartient plus sur ce périmètre, pour toujours, et ce droit peut être revendu avec l’entreprise.
2. La renonciation au droit à l’image
Le texte fait renoncer explicitement au droit d’approuver les usages futurs, au droit de publicité sur sa propre image, et au droit de s’y opposer en justice. Vous signez que vous ne pourrez pas contester ce qui sera fait de votre voix.
3. Le partage large, y compris public
Les données peuvent être partagées avec les clients de Scale, ses affiliés, licenciés, partenaires et sous-traitants. Et le contrat précise que dans les publications de recherche, le nom sera masqué mais que « votre voix et votre image peuvent être partagées publiquement ». Votre voix, publique, dans des travaux que vous ne verrez jamais venir.
4. La responsabilité plafonnée à 500 dollars
Quoi qu’il arrive avec vos données, la responsabilité totale de l’entreprise est limitée à 500 dollars. Pour une donnée biométrique irrécupérable, le rapport risque/garantie est parlant.
5. Droit californien, tribunal californien
Tout litige se règle sous le droit de Californie, devant un tribunal de Santa Clara. Pour un particulier français, autant dire que le recours est théorique.
Ce que ça m’a appris, et le comparatif qui change tout
Au même moment, une annonce de voice acting chez Mercor affichait l’exact inverse : usage exclusif pour l’agent interne d’un client nommé, interdiction écrite de vente et de réutilisation. La leçon tient en une phrase : le problème n’est jamais « les contrats voix », c’est chaque contrat, un par un. Dix minutes de lecture suffisent à voir la différence, et les mots à chercher sont toujours les mêmes : perpetual, irrevocable, transferable, publicly.
Ma grille de lecture avant de signer un contrat de données
- Durée de la licence : limitée ou perpétuelle ?
- Usage : restreint à un produit précis, ou « tout usage commercial » ?
- Transfert : la licence peut-elle être revendue ou sous-licenciée ?
- Suppression : une clause prévoit-elle la destruction du modèle en fin de projet ?
- Publication : vos données peuvent-elles devenir publiques ?
- Responsabilité : le plafond est-il ridicule au regard de ce que vous cédez ?
Deux « mauvaises réponses » ou plus, et le taux horaire n’a plus aucune importance.
Verdict
Scale/Remotasks reste dans mon comparatif avec le badge « non recommandé », non pas parce que la plateforme n’existe pas, mais parce que le contrat que j’ai eu sous les yeux cède trop pour trop peu. Si leurs conditions changent, cette fiche changera aussi, la date en haut fait foi.
L’énergie que ce contrat ne mérite pas, mettez-la sur les plateformes qui passent la grille : leur porte d’entrée se prépare avec le guide des tests d’admission, leurs virements passent par les canaux comparés dans comment paient les plateformes, et ce qu’elles versent se déclare, c’est le sujet du guide fiscal.